Le Chevalier anglais avait chevauché dans la forêt pendant quelques heures lorsqu'il atteignit l'orée d'une petite clairière. A travers un rideau d'arbres, il vit ce qui semblait être une arène, presque parfaitement ovale dont l'herbe verte et épaisse était entourée d'un mur de rhododendrons aux fleurs blanches. De hautes plantes vertes aux sommets dorés par le soleil de l'après-midi se dressaient derri&egarve;re.
Presque au centre de la clairiére il y avait un petit arbre solitaire au-delà duquel le Chevalier fut surpris de voir le pâle dos nu d'une jeune fille assise jusque la taille dans l'eau calme d'une fontaine entourée de roseaux.
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Embarrassé de la déranger, il mit pied-à-terre, attacha son cheval à une branche basse et procéda à une minutieuse inspection de ses fontes. Ayant terminé, il se retourna. La jeune fille portait alors une robe blanche et lisse, à l'ourlet effiloché, et était attachée à l'arbre solitaire, regardant fixement au loin.
Comme il s'approchait d'elle avec précaution, elle se retourna vers lui alarmée.
"Ne soyez pas effrayée," dit-il.
"Bien sûr que je suis effrayée", répliqua-t-elle. "Je suis une demoiselle en détresse."
"J'imaginais que vous puissiez l'être," dit le Chevalier tandis que la jeune fille était aux prises avec la corde enroulée autour de sa taille.
"Voudriez-vous que je vous libère?"
"Délivrer!" dit-elle d'un ton désespéré, "Vous êtes supposé me délivrer, mais tout d'abord vous êtes supposé tuer le dragon, ensuite vous me déliverez, sans poser de questions."
"Je vois," dit-il, jetant un regard autour de lui. "Et où se trouve votre dragon?"
La jeune fille roula des yeux exaspérés. "Vous ne croyez pas vraiment aux dragons, n'est-ce-pas?"
"C'est vous qui en aviez parlé la première," répliqua le Chevalier d'un ton ferme.
Il y eut un silence.
"Bien," soupira la jeune fille en s'appuyant du dos contre l'arbre. "Peut-être le ferez-vous. Il y a des dragons, ils existent vraiment vous savez."
"Oui," répondit-il, "J'imagine que nous avons tous des dragons avec qui nous devons composer."
"Ainsi, si vous en savez tant à leur sujet, dites-moi quelque chose: pourquoi les chevaliers s'en vont un peu partout pour mettre à mort les dragons, pour les demoiselles? Pourquoi ne font-ils pas front à leur propre dragon?"
"Nous pensons peut-être que vous pouvez nous aider à votre tour à tuer nos propres dragons," suggéra le Chevalier.
Et ils se regardèrent profondément dans les yeux, pour la première fois.
La jeune fille glissa hors de la corde.
"Venez avec moi" dit-elle. Et elle prit sa main et le conduisit au bord de la fontaine où ils se mirent à fixer l'eau, côte à côte. "Dites-moi ce que vous voyez"
"Je vois nos reflets dans l'eau" dit-il. "Que voyez-vous!?"
"Je vous vois regarder mon reflet dans l'eau," répondit-elle.
A suivre...
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