Je suis entré une fois dans une pièce et j'en ai refermé la porte. Je m'y appuyais des épaules et vis alors une jeune femme assise me tournant le dos, tenant dans ses bras un bébé emmitouflé dans un long ch’le blanc. En face d'elle se tenait un homme la tête dans ses mains, ses doigts peignant ses cheveux. Entre eux, le couvert était dressé sur la table, pour l'homme et la femme, mais dessus, il n'y avait ni nourriture ni boisson.
Et, je me tournais vers la mère et l'enfant et je prononçais: "Etes-vous heureux?".
Et, elle souriait et essuyait la bouche du bébé et son sein et je savais sa réponse et je savais qu'elle n'avait pas entendu ma question.
Je me tournais aussi vers l'homme et je dit: "Pourquoi paraissez-vous si triste?".
Et sa tête s'inclina davantage et je réalisais que, bien qu'il n'eut pas entendu ma question, je connaissais sa réponse.
Puis je me retournais et sortais par la porte-fenêtre dans le jardin et à travers la pelouse, et vis une vieille dame avec de gros bras roses, ramassant de la lavande et la mettant sur une table sous les arbres dans un coin. Comme j'approchais, elle me considéra puis s'en alla vers son travail tandis que j'attendais en silence.
Elle me considéra de nouveau et dit: "Bien, mon enfant. Je ne vous ai pas appelé pour me surveiller!".
Et je répondis: "M'avez-vous appelé? Est-ce vous qui m'avez appelé?".
Ainsi nous ramassions la lavande en silence tandis que les bourdons voletaient dans les tiges coupées sur la table. Il n'y eut bientôt plus de lavandes et je me retournais vers la vieille dame et lui dit : "Vous ai-je déjà vue auparavant, et comment saviez-vous me nommer? Vous ai-je vu auparavant?".
Et elle répondit suavement: "Bien sûr vous m'avez vu mon enfant. Bien sûr vous m'avez vu".
Et je dis: "Oh oui, je m' en souviens maintenant".
Mais je ne m'en souvenais pas.
Peu après, un son se fit entendre en direction des fenêtres de la maison derrière moi et c'était un son familier. C'était l'étrange son réconfortant du piano-mécanique, avec sa recherche répétitive des notes et ensuite une tentative d'accord et enfin une curieuse mélodie continue pas de commencement, pas de fin.
"C'est le piano-mécanique..." dis-je. "Qui joue...?"
Mais la vieille dame s'en allait loin de moi entre les arbres. Je l'appelais: "Est-ce la dame avec le bébé qui joue du piano?".
Elle se retourna pendant un court instant et dit: "Il n'y a ni dame ni bébé. Vous voyez, vous rêver, mon enfant. Vous étiez en train de rêvé de nouveau".
Et elle s'en alla et le piano se tut et l'odeur de la lavande s'évanouit dans la tiédeur du soleil. Le jardin devint froid et sombre et la maison se trouva enchevêtrée dans les mailles d'un filet de ronces dont les branches garnies d'épines barraient les fenêtres par lesquelles j'étais entré.
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